Publié dans "Regard"

Parce que le digital représente 16 % de l’électricité mondiale, il devient urgent de combattre la pollution numérique. Encore, faut-il en avoir conscience.
C’est tout l’enjeu de Digital For The Planet, fondé par Inès Leonarduzzi, qui démocratise l’information autour de ce sujet auprès du grand public et des entreprises. Explications d’Anthony Alfont, chief operating officer, pour qui seul le citoyen, le salarié ou le consommateur peuvent changer la dynamique.

La pollution digitale est une notion dont on parle de plus en plus. En quoi les usages numériques ont-ils une conséquence environnementale ?

Le vrai problème est que la pollution digitale est invisible. Le cerveau n’est pas câblé pour en ressentir l’impact. Mais il faut savoir que le numérique produit autant de CO2 que toute l’industrie aérospatiale mondiale. Envoyer un mail avec une pièce jointe de 1 MO équivaut à allumer une ampoule pendant une heure.

Faire une requête Google, ouvrir une page sur internet, installer une application… sont des actions nocives pour l’environnement. Pourquoi ? Parce qu’elles nécessitent l’utilisation de serveurs hébergés dans des data centers dont la consommation énergétique produit du gaz à effet de serre.

De plus, ces machines émettent de la chaleur qui exige de climatiser ces centres. De grands géants de l’industrie numérique se tournent d’ailleurs vers des pays nordiques pour héberger leurs data centers. Microsoft a, de con côté, testé l’immersion d’environ 900 serveurs au fond de l’océan au large des îles écossaises Orcades. Ce n’est pas forcément une bonne option car si nous travaillons sur l’émission au gaz à effet de serre, nous devons nous soucier du réchauffement des océans qui, lui, est irréversible.

Toujours est-il que nous ne pouvons plus raisonner avec les modes de consommation actuels. Les Gafa le savent et ils sont attentifs à notre discours. L’idée de Digital For The Planet n’est pas de dire : ce que vous faites n’est pas bien, mais plutôt de réfléchir, à partir d’un modèle économique, à la façon de changer sa chaîne de valeur, de créer des opportunités… pour progressivement arriver à un modèle vertueux.

Il est difficile de se passer du numérique, et ce le sera encore plus demain. Comment réduire sa consommation numérique ?

En tant que citoyen ou salarié d’une entreprise, il existe des bonnes pratiques assez simples. Pour sensibiliser chacun, Digital For The Planet a réalisé une infographie qui reprend neuf gestes pour réduire sa pollution numérique avec, pour certains, des outils associés.

Parmi les actions possibles, on peut se désinscrire des newsletters indésirables et supprimer les spams (via Cleanfox, par exemple), fermer les fenêtres non utilisées (grâce à The Great Suspender), utiliser un navigateur de recherche responsable ou écologique (comme Ecosia, Lilo ou Qwant), désactiver les notifications pas vraiment nécessaires, préférer des plateformes collaboratives pour communiquer entre amis ou au bureau, telles que Whatsapp ou Workplace…

Comment sensibilisez-vous les entreprises à l’écologie digitale ?

Quand nous accompagnons les entreprises qui veulent agir sur ce sujet, nous recommandons de commencer par une étape d’acculturation préalable. Nous ne croyons plus au modèle où le consultant préconise telle action sans co-construire avec les collaborateurs. Pour nous, il est primordial que les équipes s’emparent du sujet, via une information préalable. Nous leur expliquons, par exemple, que l’utilisation des mails pour une entreprise de 1 000 salariés équivaut à l’année à 14 allers-retours Paris-New York.

Nous avons récemment organisé, au sein d’un grand groupe français, une journée dédiée à l’écologie digitale. Le matin, nous avons échangé sur le sujet et, l’après-midi, travaillé en workshops sur des projets dont certains étaient totalement disruptifs, comme des blockchains responsables ou la création d’une monnaie d’impact social et environnemental.

Notre démarche auprès des entreprises est toujours la même : embarquer les collaborateurs sur ces sujets pour qu’ensuite des projets émergent. Quand il s’agit de stratégie digitale durable, nous leur apportons des outils de mesure énergétique, notamment sur la façon de concevoir leurs services, de coder de façon plus responsable, de construire des sites internet de façon moins impactante d’un point de vue énergétique… Nous avons tout ce prisme pour accompagner les entreprises.

Lors de vos échanges, sentez-vous une prise de conscience ?

Honnêtement, oui. Le contexte global le permet. Les entreprises ont senti que les consommateurs voudront de plus en plus que l’impact écologique soit pris en compte dans les produits. Elles sont pragmatiques et savent que, d’un point de vue business, c’est ce qui leur permettra de développer et d’accélérer leur croissance économique dans les prochaines décennies.

Vous avez développé une solution de machine learning vocale alimentée en énergies vertes dédiée à l’écologie digitale. En quoi consiste-t-elle ?

Plana est une sorte de Siri et devrait être disponible à la fin du premier semestre 2019. Cet assistant virtuel vocal accompagnera l’individu sur des questions d’écologie digitale. Concrètement, dans sa version citoyenne, il pourra dire à un utilisateur : « Bertrand, tu as cinq applications de jeux pour enfants de moins de six ans qui tournent continuellement. Me permets-tu de les activer de 18 à 20 h car c’est le moment où, je présume, ton enfant les utilise ? » Plana prodiguera également des conseils sur l’utilisation des mails.

Dans la version entreprise, Plana viendra en support de dispositifs intelligents autour de la consommation énergétique et déterminera s’il existe des opportunités pour installer tel type de procédé. Plana pourra aussi conseiller à une business unit ou à une entreprise, des usages pour réduire leur empreinte carbone, comme l’optimisation du parc informatique.

Nous réfléchissons avec les constructeurs de smartphones pour intégrer directement Plana à leurs intelligences vocales. Sur ordinateur, il s’agira d’une extension via un navigateur qui se connectera à la solution et permettra d’être proactif dans l’analyse des mails et des usages.

Ce qui est très intéressant, c’est que Plana fonctionnera sur un mode Wikipédia. Grand public ou collaborateur pourront intervenir sur une plate-forme et proposer un usage. L’outil s’enrichira dans le temps d’insights concrets et nous permettra de dégager une dynamique collective.

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