Publié dans "In situ"

Qu’est-ce qui distingue ou rapproche les entreprises industrielles allemandes et françaises en termes de compétitivité ? C’est ce que révèle la 3e édition du baromètre Randstad Inhouse/OpinionWay, dans laquelle on découvre que la France dispose de solides atouts. Et pas forcément ceux sur lesquels elle était attendue.

Éclairage de Gaëtan Deffrennes, directeur général de Randstad Inhouse.

Randstad Inhouse a publié en 2015 son premier baromètre sur la compétitivité industrielle. Pourquoi cette thématique ?

Le choix de positionner notre étude sur la compétitivité industrielle était assez naturel. En effet, il faut savoir que Randstad Inhouse, qui est présent en France depuis bientôt 20 ans, compte aujourd’hui près de 250 clients et plus de 64 000 intérimaires qui interviennent à plus de 90 % dans l’industrie.

Le Baromètre fait une analyse comparée des entreprises industrielles allemandes et françaises. Pourquoi avoir mis le focus sur ces deux pays ?

D’abord, parce que ce sont deux pays que nous connaissons bien. Avec nos 350 agences en Allemagne, nous sommes leaders, de part et d’autre du Rhin, sur le marché de l’agence hébergée avec une réelle connaissance des enjeux RH dans l’industrie.

Ensuite, ce regard croisé nous semblait pertinent car l’Allemagne incarne l’exemple que la France cherche à suivre depuis longtemps. Aujourd’hui, notre pays se positionne encore sur une ligne de production plutôt de moyen de gamme, assez comparable à celle de l’Espagne et de l’Italie, alors qu’il aimerait viser, à l’instar des Allemands, des segments de marché premium, à forte valeur ajoutée.

Comment se perçoivent les Français d’une façon générale face à leurs homologues allemands ?

Les entreprises françaises se sentent toujours moins compétitives que celles outre-Rhin, mais l’écart tend à se resserrer. Il se réduit d’autant plus car, de leur côté et dans le même temps, les industriels germaniques sont moins nombreux à se sentir plus compétitifs que les Français. Le différentiel reste certes important, mais la tendance à la baisse est le signe d’un regain de confiance côté français. C’est du reste ce que confirme la dernière étude du World Economic Forum. Elle révèle que l’Allemagne reste à la troisième place des pays les plus compétitifs au monde, et que la France, quant à elle, gagne cinq places, rentrant ainsi en 17e position. Pour la première fois de l’histoire, nous apparaissons dans le top 20. Selon les études, on s’aperçoit que les résultats convergent.

Le Baromètre en est à sa troisième édition*. Quelles évolutions majeures avez-vous observé au regard des trois dernières publications ?

Lors du deuxième Baromètre, nous avons vu émerger l’importance du recrutement. Pour la première fois, il apparaissait comme le premier levier de compétitivité en Allemagne avant la qualité de la production et des infrastructures. En France, ce critère arrivait en troisième position.
Même si nous connaissions déjà à cette époque des difficultés à recruter des profils qualifiés sur le marché de l’intérim, iI existait entre nos pays un décalage en termes de marché, l’Allemagne étant reparti en croissance plus tôt que nous.

Cette année, la donne a changé pour la France : cette préoccupation reste le premier challenge des Allemands, mais devient aussi celui des industries françaises. Des deux côtés du Rhin, si le premier facteur de compétitivité est le capital humain et les savoir-faire, les solutions pour y faire face diffèrent. Alors que les Allemands considèrent que la solution est interne à l’entreprise en proposant d’abord une rémunération attractive, les Français misent sur le développement de la formation continue.

Le dernier baromètre de la compétitivité franco-allemande révèle que l’innovation est le 1er facteur de compétitivité de la France, selon les industriels allemands. Est-ce une surprise ?

Oui. On ne s’attendait pas à cela, d’autant que les différents chiffres d’investissements, par exemple d’achats de robots, montrent le contraire. Dans les faits, l’innovation est aujourd’hui nettement en faveur des Allemands, mais pas en termes de perception.
La French Tech, lancée en 2014, avec la mise en avant et la fédération des startups a changé le regard sur l’innovation française. L’arrivée de la French Fab avec l’usine du futur, en 2018, n’a fait que renforcer ce sentiment. On peut dire que la communication faite autour de ces mouvements fait aujourd’hui peur à nos amis allemands.

Quels sont les principaux leviers de compétitivité sur lesquels misent les Français ?

Comme je l’évoquais, notre positionnement en milieu de gamme nous place en concurrence directe avec l’Espagne et l’Italie où le coût du travail reste moins élevé que chez nous. La compétitivité en termes de prix est donc essentielle pour la France.
Par ailleurs, pour réduire leurs coûts, les entreprises françaises souhaitent une imposition plus faible. En effet, même si nos deux niveaux sont en façade quasi similaires, la fiscalité liée à la production accuse encore un écart de près de 4 % entre la France et l’Allemagne.
Au final, l’objectif des Français consiste à la fois à diminuer les coûts pour jouer sur les prix, mais aussi à innover pour sortir de cette compétition entre l’Espagne et l’Italie et plutôt rentrer en concurrence avec l’Allemagne.

Quels sont les défis communs aux deux pays ?

La nécessité de recruter de la main d’œuvre qualifiée est le seul vrai levier commun. Ensuite, on retrouve comme autre préoccupation partagée, mais à des niveaux de priorité différents, le besoin d’innover davantage.
Mais la situation est paradoxale : tout le monde sait que préparer l’avenir c’est aussi envisager les compétences de demain, pourtant, à l’heure où chacun peine à trouver des compétences, il est difficile de prendre le temps de se pencher sur demain.
C’est véritablement un dilemme auquel sont confrontées les entreprises. Quelques rares groupes avec d’importants moyens financiers arrivent à le faire. Mais, on le voit chez la plupart de nos clients, la priorité aujourd’hui est d’abord de parvenir à produire.

3e édition du baromètre Randstad Inhouse/OpinionWay

Découvrir l’étude dans son intégralité

*Étude réalisée auprès de deux échantillons : 200 établissements de 10 salariés et plus dans le secteur de l’industrie en France et 202 entreprises en Allemagne, selon les mêmes critères. Interviews réalisées du 27 août au 14 septembre 2018.

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